LECOURRIERDUVAR.fr

 Audio interview de
Robert Beneventi

 Audio interview de
Marc Vuillemot

 Les Cellules de Citoyenneté et de Tranquillité Publique

 Les trois mesures clé

 Que dit la loi du 5 mars 2007 ?

 Les communes signataires

 

 

Prévention de la délinquance

Le Var s'engage pour devenir département-pilote

Seize communes supplémentaires ont signé, à Ollioules,  leurs déclarations d'engagement dans le cadre de la mise en œuvre des nouveaux pouvoirs des maires issus de la loi du 5 mars 2007

Déjà pionnière depuis plusieurs années pour la mise en œuvre de structures destinées à garantir la tranquillité publique sur son territoire, la commune d'Ollioules s'est également imposée comme la  ville-pilote départementale voire même nationale en matière d'application sur le terrain des nouvelles orientations issues de la loi du 5 mars 2007, qui confie dorénavant aux maires l’animation et la mise en oeuvre de la politique de prévention de la délinquance sur leur territoire. Ainsi, après avoir fait appel à l'expertise du Centre de Gestion Départemental des Bouches du Rhône, elle fut la première à travailler sur la création des Cellules Citoyenneté Tranquillité Publique (CCTP), qui deviennent ainsi  l'un des éléments-clé pour l'application de la loi de mars 2007.
De par l'implication de son maire, Robert Beneventi, Ollioules
est donc devenue le laboratoire où se sont élaborés  les "outils" pour appliquer au mieux la loi de mars 2007, démarche renforcée par l'association des maires du Var, que préside Jean-Pierre Véran et regardée de près par Bernard Reynes, député-maire de Châteaurnard, missionné par le 1er ministre pour rédiger un rapport précisemment sur l'application de la dite loi. 

De gauche à droite : Jean-Sébastien Vialatte, député-maire de Six Fours, Bernard Reynes, député-maire de Châteaurenard,  Robert Beneventi, maire d'Ollioules et Jean-Pierre Véran, président de l'Association des Maires du Var .  (Photo Claire Limorté)

Un retard national à l'allumage
Car tout n'a pas coulé de source immédiatement. Ainsi, le Conseil National des Villes a-t-il dans un avis de mars 2009, soit deux ans après le texte législatif, constaté
"l’absence quasi-systématique de mise en œuvre de cette loi". Les raisons ? Les travailleurs sociaux sont réticents à fournir des informations sur la situation des familles dont ils ont la charge et les services de police ne signalent au maire que les faits les plus graves concernant les troubles à l’ordre public. La même absence de mise en oeuvre est également constatée en matière d’aide à la parentalité.
C’est à ce stade que, au lendemain de l’assemblée générale des maires du Var, en août 2010,
 la commune d’Ollioules va mettre son expérience dans la balance et, avec une réflexion commune avec l’association des maires, proposer la « boîte à outils » et les modalités pratiques sur lesquelles les autorités municipales pourront s’appuyer.
On distingue deux axes majeurs :
-   La création de Cellules de Citoyenneté et de Tranquillité Publique chargées d’assister le maire et d’éviter tout risque de décision arbitraire tout en apportant  la garantie juridique nécessaire,
-  Des conventions de partenariat entre les communes d’un côté et l’Education Nationale, le Parquet et la Direction Départementale de la Sécurité Publique (police et gendarmerie) de l’autre. Avec un principe fondamental : le secret sur les informations échangées, la recherche de la sécurité passant obligatoirement par la protection des droits et libertés des personnes.

19 communes varoises signataires à ce jour
Le Var s’étant porté candidat au titre de département pilote pour la mise en œuvre des nouveaux pouvoirs du maire – au même titre d’ailleurs que les Bouches du Rhône – il reste donc à mobiliser un maximum de communes pour qu’elles s’engagent sur ces chemins balisés. 
Après Ollioules, bien entendu, La Garde et Sanary sur Mer, 16 communes, par l’intermédiaire de leurs maires ou de leurs représentants, ont été invitées, ce 27 avril, à signer les conventions d’engagement, en présence du Préfet du Var, Paul Mourier, avec l’inspecteur d’Académie, Jean Verlucco ; le procureur du TGI de Toulon, Marc Cimamonti, le procureur adjoint du TGI de Draguignan, Philippe Guémas ; le colonel Bitouzet, commandant le groupement de gendarmerie du Var …
Bernard Reynes devait de fait rendre hommage à Robert Beneventi pour le travail accompli, en tant que maire mais aussi président de la commission Sécurité au sein de l’association des Maires du Var, ainsi qu’à l’ensemble des forces départementales qui se sont impliquées dans ce projet
  «  les services de l’Etat peuvent incontestablement  s’inspirer de l’engagement et de la méthode du Var… » concluait-il.
Pour le procureur
  du TGI de Toulon, « il s’agit aujourd’hui d’une étape. Beaucoup de choses ont été faites depuis le 31 août 2010, et nous devons, ensemble, faire vivre ce cadre… » Marc Cimamonti s’interrogeait toutefois sur les moyens dont disposeront les Parquets pour être présents au sein des CCTP, « ce rôle étant majeur car les magistrats sont les garants des libertés individuelles… »
Paul Mourier, préfet du Var, se félicitait quant à lui de voir les communes varoises s’engager dans le sens voulu par la loi sur la prévention de la délinquance, plaçait en exergue le rôle d’Ollioules et enfin annonçait un soutien financier à ces dispositifs, via le Fonds Interministériel sur la Prévention de la Délinquance… 

B.L.

Robert Beneventi
Maire d'Ollioules
Président de la commission Sécurité à l'A.MV.
Conseiller régional P.A.C.A.

Marc Vuillemot
Maire de la Seyne sur Mer
Conseiller régional P.A.C.A.

Tous les maires, toutes tendances confondues, sont d'accord pour l'application de cette loi...Mais il fallait quelques outils pour nous protéger sur le plan juridique... Nous avons mis les mains dans le cambouis pour créer une "boîte à outils" juridiquement incontournable et inattaquable..."
 

"Je suis un peu inquiet sur les nouveaux rôles confiés aux maires...
Chacun doit être à sa place, et en particulier l'institution judiciaire...
On est sur la corde raide entre le pouvoir des maires et le pouvoir judiciaire...
Mais je signerai..."

 

Devant la salle, les maires ou leurs représentants des communes signataires : Bandol; Barjols; Le Beausset; Belgentier; La Crau; Collobrières; Evenos; La Farlède; Fréjus; Hyères; Lorgues; Six Fours; Solliès-Pont; Saint Cyr; La Valette; Vidauban. (Photo Claire Limorté)

Les Cellules de Citoyenneté et de Tranquillité Publique

L’exercice par l’autorité municipale des pouvoirs prévus par la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance ne doit être envisagé que dans les cas expressément édictés par celle-ci.
L’intervention de l’autorité municipale doit exclusivement être motivée par la volonté de prévenir l’inscription durable des personnes dans un processus de désocialisation et/ou d’éviter la réitération de comportements
de nature à porter atteinte à la tranquillité publique.
Pour éviter tout risque de décision arbitraire et apporter à celle-ci la garantie juridique nécessaire, l'autorité municipale se dote d’une « cellule de Citoyenneté et de Tranquillité Publique » dont elle accepte la composition et les missions.
La « Cellule de Citoyenneté et de Tranquillité Publique » est composée des personnalités suivantes :

  •   le maire ou son représentant élu
  •   le référent Parquet
  •  le commissaire de police ou le commandant de brigade de Gendarmerie
  • le chef de la police municipale
  •    le chef d'établissement scolaire du 2nd degré
  •    le référent social municipal
  •   le coordonnateur de la Cellule

La « Cellule de Citoyenneté et de Tranquillité Publique » a vocation à se réunir toutes les 6 semaines dans la double perspective :

  • d’une part d’établir un état des lieux actualisé de la délinquance et de l’insécurité sur le territoire communal,
  • d’autre part de procéder à l’examen des situations individuelles dont elle est saisie en vue de préparer les décisions de l’autorité municipale quant aux mesures les plus appropriées à engager. A cet effet, la « cellule de Citoyenneté et de Tranquillité Publique » rend des avis consultatifs préalablement aux décisions du Maire.

Confidentialité 
Lors de l’examen des situations, les membres de la « Cellule de Citoyenneté et de Tranquillité Publique » sont tenus personnellement au « secret professionnel partagé » instauré par la loi du 5 mars 2007 et ce, dans les conditions et les limites de la charte de déontologie établie par le collectif des Maires et validée par la commission d’éthique et d’évaluation.
La mise en œuvre des pouvoirs par l’autorité municipale exige le respect de règles procédurales protectrices des droits et libertés des personnes réunies dans une boite à outils
.

Les trois mesures au service des maires

Au regard de la nature des actes portés à sa connaissance et en fonction de la personnalité des individus et des caractéristiques propres à chaque situation, la « cellule de citoyenneté et de tranquillité publique » peut proposer à l’autorité municipale l’une des trois mesures suivantes, celles-ci n’étant pas exclusives les unes des autres :

  • le rappel à l’ordre
    Faits de faible gravité, non portés en plainte, susceptibles de porter atteinte au bon ordre, à la sûreté ou à la salubrité publique. 
  • la transaction
    Sur la base d’un procès verbal, la transaction a une forte valeur pédagogique.
    Après homologation du Parquet.
    Soit dédommagement pécuniaire montant maxi 1330€ soit 30h de TNR.
    Pour des infractions limitativement prévues par la loi :
    divagation d’animaux dangereux; excitation d’animaux dangereux; tteintes volontaires ou involontaires à animal et mauvais traitements ; b
    ruits ou tapages injurieux ou nocturnes; menaces de destruction de biens appartenant à la commune; estructions, dégradations et détériorations légères de biens appartenant à la commune; abandon d’ordures, déchets, matériaux et autres objets …et de façon générale, les violations aux arrêtés de police du Maire, constatées par procès-verbaux et passibles d’une contravention de 1ère classe, lorsqu’elles sont commises au préjudice des biens communaux  
  • l’accompagnement parental à développer
    Soutien à la fonction parentale complémentaire des actions des autres acteurs (CG, CCAS, ..) en cas de défaut d’assiduité scolaire et/ou défaut de surveillance parentale

Que dit la loi du 5 mars 2007 ?

Touchant tous les aspects de la lutte contre la délinquance, cette loi entend faire du maire le pivot de la politique de prévention dans la commune et renforcer le rôle du parquet dans cette politique. Il comporte un volet sanitaire et social qui s'organise autour de quatre thèmes : le repérage et le soutien des familles fragiles, les impératifs de sécurité en matière d'habitat et d'urbanisme, la prise en charge des personnes présentant des troubles mentaux dangereux et les moyens de punir et de soigner les usagers de drogues. 

Cette loi, centrée sur le traitement de la délinquance des mineurs, intègre également des mesures concernant les violences conjugales, les infractions sexuelles et la consommation de drogues.

Le maire devient l’animateur essentiel de cette politique. Dans les communes de plus de 10 000 habitants il sera obligatoire de constituer un Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, organisme regroupant le préfet et le procureur de la République, des élus locaux, des représentants des administrations de l’État et des représentants des associations, organismes et professions concernés par les questions de sécurité. Le maire devra être davantage impliqué dans l’aide et l’orientation des familles en difficulté, recevant les informations confidentielles en provenance des travailleurs sociaux. Il pourra proposer aux parents de mineurs en situation difficile un « accompagnement parental », il devra réunir un « Conseil pour les droits et devoirs des familles » et il aura la possibilité de désigner un coordonnateur parmi les travailleurs sociaux intervenant dans une même famille.. Le maire aura également le droit de procéder à un rappel à l’ordre verbal à l’encontre des auteurs de "faits susceptibles de porter atteinte au bon ordre, à la sûreté, à la sécurité ou à la salubrité publique".

Concernant la délinquance des mineurs de nouvelles mesures sont prévues :

- diversification et individualisation des mesures à la disposition des juges : placement dans un établissement scolaire éloigné, exécution de travaux scolaires supplémentaires, placement en internat, etc...

- possibilité de recourir à la procédure de composition pénale dès l’âge de 13 ans (permettant à un procureur de proposer une mesure à une personne reconnaissant avoir commis un délit et évitant ainsi l’action devant une juridiction pénale)

- possibilité de juger un mineur récidiviste de plus de 16 ans dès la prochaine audience, sans attendre les 10 jours suivant une garde à vue

- création d’un service volontaire national dans la police nationale.

En plus du volet spécialement consacré à la délinquance juvénile, le projet de loi. prévoit notamment les mesures suivantes :

- alourdissement des peines applicables aux auteurs de violences conjugales qui pourront aussi faire l’objet de mesures de suivi judiciaire

- renforcement de la signalisation des produits (supports vidéo notamment) comportant des messages violents, pornographiques ou incitant à la consommation de drogues, avec interdiction de les exposer et de les vendre aux mineurs

- extension à 72 heures du temps d’observation pour prendre la décision de placement d’office (au lieu de 24 h)