LECOURRIERDUVAR.fr

Projet d'union vins de Provence-vins du Rhône

Les Rosés voient rouge !

Colère et indignation : c'est par ces deux mots que l'on peut résumer les mouvements qui agitent depuis quelques temps le monde viticole sur l'ensemble du territoire de la Provence.
L'origine du problème est à chercher du côté du ministère de l'agriculture qui, dans le cadre de la loi de modernisation agricole, a décidé, en lieu et place des 26 territoires viticoles dument reconnus, de procéder à un regroupement pour n’en compter plus que dix. Et de préconiser dans l’arrêté ad hoc du 15 juin 2006 ni plus ni moins que l’union des Vins de Provence avec ceux de la Vallée du Rhône… Cette orientation, ou plutôt cette vue de l’esprit détachée de la réalité de terrain, prise sans véritable concertation aux dires des intéressés, a bien entendu provoqué la colère des viticulteurs et des organismes représentatifs des productions viticoles du bassin concerné. En Provence tout au moins, car du côté du Rhône, il semblerait que la politique suivie relève plutôt, depuis cette date,
  du « wait and see »…
Et puis vint le temps de l’indignation : car tous les efforts déployés pour faire entendre au ministre de l’agriculture les arguments soutenant le refus de cette fusion sont restés jusqu’à ce jour sans écho. Tout au plus y a-t-il eu une mission d’expertise décidée par Michel Barnier en 2008, destinée à évaluer le bien-fondé des arguments soulignant la spécificité du bassin des vins de Provence, mais dont le rapport n’a jamais été porté à la connaissance de la profession. Curieux ? Peut-être pas tant que cela lorsqu’on relève cette petite phrase à la fin du courrier que Michel Barnier, à l’époque, avait envoyé au Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux, pour diligenter l’expertise :
« les préconisations qui pourraient être proposées doivent cependant veiller à ce qu’elles ne conduisent pas, par transposition à d’autres bassins, à remettre en cause tout l’édifice et le découpage des autres bassins. » Autrement dit, si nous faisons marche arrière sur le bassin Provence, ça pourrait donner des idées à d’autres…

Cela étant, le temps presse désormais. Car le président du conseil viticole de France doit rendre son rapport prochainement. Et le décret d'application va entériner le regroupement des bassins préconisé.
C’est donc dans ce contexte que le maire de Roquebrune sur Argens, Luc Jousse, qui compte sur sa commune plusieurs domaines viticoles au savoir-faire reconnu et primé, a pris l’initiative de provoquer une réunion à laquelle était convié l’ensemble des composants de la filière viticole varoise, avec pour intervenants Jean-Jacques Breban président du Conseil du bassin viticole Provence ; François Millo, directeur du Conseil Interprofessionnel des Vins de Provence, secrétaire général du bassin viticole Provence; Jean-François Rosmini, président de la SAFER, représentant la Chambre d'Agriculture du Var et comme invité Georges Ginesta, député du Var.

"Nous n'avons rien en commun ! "
Au cours de cette réunion, chacun a donc redit ce qui est martelé depuis l'idée de regrouper les bassins : la spécifité des vins de Provence, axée essentiellement et avec un succès croissant, sur la production du rosé, là où les Côtes du Rhône jouent le rouge; le risque de voir anéanties des années d'efforts pour promouvoir le rosé; l'affaiblissement potentiel de la dynamique en cours, par l'amalgame rosé Provence/rouge Rhône; le déséquilibre économique qui pourrait s'ensuivre, puisque la filière Rosé pèse 650 M€ et 5000 emplois, etc. etc. Autant d'arguments avancés pour dire en fin de compte ce que chacun des professionnels pense : les deux bassins en question n'ont rien en commun , et leur union serait dramatique, en particulier pour les vins de Provence.

Non au mariage de déraison
On l'a compris : ce mariage de déraison est mal vécu.
Comment dans ces conditions ne pas aller à l'autel ? Deux possibilités :

- ou bien le ministère de l'agriculture reconnaît le bien fondé des protestations des viticulteurs provençaux et redonne sa liberté au bassin viticole Provence - le bassin corse a été accepté avec une production de 300 000 hl, à comparer avec les 1,8 millions d'hectolitres en Provence ! 

- ou bien on cherche un autre marié potentiel, en l'occurrence... le bassin viticole corse. "Toutes les opérations que nous avons déjà menées ensemble fonctionnent parfaitement, appuie Jean-Jacques Bréban, pourquoi ne pas aller plus loin ensemble..."
Oui, mais que faire en attendant pour réaffirmer l'opposition au rapprochement avec le Rhône, et indirectement appuyer la démarche du député, Georges Ginesta, qui a annoncé demander prochainement un entretien à Bruno Le Maire, ministre de l'agriculture?  
Pour l'heure, un consensus a semblé se dessiner en faveur de la méthode douce : envois de pétitions au ministère et question écrite pour l'Assemblée nationale...
"Mais s'il le faut on durcira notre position, note Luc Jousse. Parce que ça aussi on sait faire..."(Ecouter interview audio ci-contre)
Alors? Rouge colère ou rosé plaisir ? L'avenir bientôt, le dira...


B.L.

Audio

Luc Jousse
Maire de Roquebrune sur Argens

 

" Pourquoi un technocrate
a-t-il pondu une idée aussi hasardeuse? "

 Audio

Jean-Jacques Bréban
Président du Conseil de bassin viticole Provence

 "Si on se demande ce qu'on fera si on ne gagne pas, c'est qu'on a déjà perdu"

De gauche à droite  François Millo; Jean-Jacques Breban; Georges Ginesta; Jean-François Rosmini. (Photo M.C.L.)

Une réunion bien suivie.
(Photo M.C.L.)